Le VTT freestyle vu par Léa Weill

COPYRIGHTS © Anne Laure Weill

Léa Weill – COPYRIGHTS © : Anne Laure Weill

Nous avons eu la chance d’échanger longuement avec Léa Weill, étudiante en Licence STAPS Management du Sport à la Faculté des Sciences du Sport de Strasbourg et rideuse de gros vélos à ses heures perdues. Léa, 20 ans, est originaire d’Alsace et plus précisément de Strasbourg. C’est dans cette magnifique ville de l’Est de la France qu’elle a grandi et a développé sa passion pour le VTT freestyle.

Préparez-vous à découvrir son parcours, sa relation avec les marques du secteur, ses projets, photos à l’appui et sa vidéo phare du moment.

Ta pratique du vélo

1)   Sur quel(s) genre(s) de vélo(s) roules-tu ?

Vélo de dirt (freestyle), vélo d’enduro et vélo de freeride/descente :

  • Dirt, pratique généralement en skatepark et dans des champs de bosses. L’objectif de cette discipline et d’enchaîner les sauts tout en effectuant des figures acrobatiques avec un maximum d’esthétisme.
  • Descente, pratique sur des sentiers qu’on connaît sur le bout des doigts. L’objectif est d’aller le plus vite possible tout en négociant les sauts et les obstacles du mieux possible.
  • L’Enduro, c’est l’essence du VTT, on monte et on se fait plaisir en descente, il faut savoir piloter sur des chemins qu’on ne connaît pas forcément.

2)   D’où vient cette passion pour le vélo freestyle & le VTT de descente ?

Quand j’étais plus jeune, il y avait des bosses au parc de l’Orangerie à Strasbourg, j’y ai vu des grands rouler, et ça m’a fasciné. J’ai eu mon premier VTT à l’âge de 14 ans, puis j’ai fait un stage à l’UCPA en 2006, en VTT semi-itinérant (cross-country) et ça a été le déclic. Parmi les stagiaires, il y avait des gars qui faisaient du dirt et qui m’ont inspiré et motivé à m’initier.

3)   Est-ce un milieu exclusivement masculin ?

Oui ! Rires… A 96% en Alsace. Les 4% de filles font généralement de la descente ou de l’enduro. Néanmoins, depuis 5 ans, on commence à voir les filles faire du BMX, et leurs progrès suivent ceux des garçons, mais c’est encore difficile de les comparer aux garçons.

4)   Comment c’est, d’être une des rares filles à rider dans la région ?

On se sent seule. (Rires). Je roule parfois avec une amie au Lac Blanc, et je trouve que c’est beaucoup plus sympa, parce qu’on est dans le même délire. Toutefois, à la station de Lac Blanc, il commence à y avoir des Allemandes et des Françaises, qui se retrouvent pour rider de plus en plus régulièrement.

5)   Quelles qualités sont, selon toi, requises pour rider ?

De la patience et du perfectionnisme, car on peut toujours améliorer son style. De la persévérance et une petite dose de folie mais pas trop non plus (il faut savoir reconnaître ses limites, tout en les poussant de façon réaliste). Pour finir, je dirais qu’il faut aussi avoir de la volonté de faire les choses à 100% ainsi qu’une bonne dose de confiance en soi.

backpack_Lea2

6)   Qu’est-ce que tu mets dans ton backpack quand tu vas rider ?

Les éléments clefs : le casque et mes genouillères, c’est simple je ne peux pas rouler sans. Pour ce qui est des outils basiques, j’emmène toujours avec moi un jeu de clés Allen (clés hexagonales), une chambre à air et une pompe (la crevaison est la hantise de tout rider…), une bouteille d’eau (même si en général je taxe l’eau aux autres…). Lors des sessions en montagne, je prends un peu plus d’outils car on risque d’avoir plus de mal à rencontrer quelqu’un avec des outils là-haut. J’emmène aussi ma GoPro et mon appareil photo, ainsi que ma paire de gants et une paire de lunettes de soleil qui sont aussi des incontournables.

7)   Tes spots préférés dans la région / en France / Europe ?

Vtt dirt

Léa au spot de Labaroche – 2012

8)   As-tu déjà participé à des compétitions ? Si oui, il y avait-il une catégorie féminine ?

  • En dirt, ce n’est pas vraiment des compétitions mais plutôt ce qu’on appelle des jams (rassemblements) ou des démos avec, en général, des concours de best tricks sans catégorie féminine séparée.
  • En descente et enduro, j’ai participé à quelques compétitions. Il y a des catégories filles, dans ces deux pratiques et elles sont de plus en plus conséquentes (10 à 15 filles en enduro, 5 à 10 en descente – par compétition).

9)   Concrètement, comment t’entraînes-tu ? A quelle fréquence ? Où ? Avec qui ? Seule ou avec un coach ?

Quand je vais rouler, je ne considère pas ça comme un entraînement : je roule quand j’ai le temps, avec mes potes et quand la météo est bonne. En général, 3 à 4 après-midi par semaine, par set de 3 à 4 heures, voire plus. Pour ce qui est de l’enduro et de la descente, je pars souvent pour la journée.

« Je ne m’entraîne pas en tant que tel, mais je me fais plaisir tout en partageant de bons moments avec les potes »

10)   Qu’est-ce qui t’inspire ou qui t’influence dans ta pratique ?

Ce qui m’influence, c’est principalement les potes avec qui je roule, que je vois faire de nouveaux tricks (figures) : je me repère souvent par rapport à eux pour par la suite tenter de réaliser la même figure. Un rider essaie une nouvelle bosse, je me dis « pourquoi pas moi aussi » et je tente.

« On s’entraîne et on s’entraide »

Ceux qui m’inspire, ce sont les freestylers vosgiens à l’origine du bike park du Lac Blanc. Ceux qui m’ont inspiré au tout début, c’est la génération Christopher Hatton, Aaron Chase, Jeff Lenosky : des gens qui, aujourd’hui, ne roulent plus beaucoup mais qui, à l’époque, faisaient les unes des magazines comme Ride It ou Big Bike. J’ai encore le premier numéro de Ride It, un magazine de VTT freestyle, rires… Je les ai tous achetés, ils me faisaient rêver. Jerôme Clementz, l’un des meilleurs vététistes en Enduro (actuellement chez Cannondale) est aussi une personne qui m’inspire, de même que Anne-Caroline Chausson, médaille d’or aux Jeux de Pékin, la seule nana au monde qui fait des temps de mecs et qui a, sans exagérer, presque tout gagné. Sinon les cheveux de Kelly McGarry (il a les mêmes que moi) !

11)   Quels sont, d’après toi, les points de progrès dans ta pratique, en tant que jeune femme pratiquante ?

Le souci majeur, c’est les mentalités des parents qui ne laissent pas leurs filles essayer tous les sports, et donc de voir ce qui leur plaît. Nous sommes trop ancrés dans des schémas classiques avec des filles qui font de la danse, qui ne doivent pas être trop musclées, ni se salir… Je suis sure que plein de filles aimeraient faire du VTT, mais n’en font pas à cause des barrières sociales. L’effort doit venir des filles qui doivent taper du poing sur la table et faire le sport qu’elles veulent, peu importe si c’est un sport dit « masculin ». L’effort doit être fait par la société, et non pas de la communauté des riders, qui en général accueille bien les rideuses. Les filles n’ont pas l’occasion d’essayer pour de vrai.

« J’encourage toutes les lectrices de cet article à essayer le vélo, sans se prendre la tête »

Ton expérience du sponsoring

1)   Es-tu actuellement en contact avec des marques du secteur des action sports ?

Oui, avec Dakine pour le textile et les sacs spécifiques à la pratique du VTT, et qui ont développé une gamme féminine & Last pour les vélos.

2)   Quels sont les termes du contrat ? Jusqu’à quand es-tu engagée ?

Contrat signé avec Last depuis cette année, ils m’offrent un vélo pour chaque pratique et en échange je partage avec eux mes photos et vidéos, pour qu’ils puissent les exploiter si besoin par la suite.

Pour Dakine, la signature est en cours et ils m’ont déjà fait parvenir un jolis colis avec l’ensemble de la collection femme 2013. De même que pour Last, je leur envoie des clichés et vidéos de mes sessions.

Ces contrats sont tous deux sur un an.

Voici la vidéo du moment, elle a déjà été vue plus de 10 000 fois !

3)   Comment as-tu décroché ces contrats ? Comment t’es-tu fait connaître ?

Pour Last, j’ai acheté un de leurs vélos et roulé avec. Par la suite, après avoir vraiment accroché avec la marque et leurs produits, je les ai contacté avec des vidéos et photos à l’appui, et j’ai été retenue. Ca s’est fait d’une façon plutôt naturelle.

Pour Dakine, j’ai envoyé un book sur les conseils de mes proches, et c’est comme ça que le partenariat s’est développé.

Le fait d’être une fille a été à mon avantage : c’est plus intéressant en termes de visibilité pour les marques, car il y a peu de concurrence.

4)   Quelle est ta relation avec les marques du secteur des action sports ?

  • Avec mes sponsors : relations via internet, avec des échanges de mails, photos, vidéos et rencontres de temps en temps, même s’ils sont loin, Allemagne pour Last et dans les Landes pour Dakine.
  • Dans la vie de tous les jours : j’ai des références en termes de marques qui sont liées aux réputations, aux avis de mes amis et des riders, le bouche à oreille en fait, surtout pour les vélos, parce que pour les fringues, peu importe tant qu’on est à l’aise pour rouler.

Tes projets

1)   Comment arrives-tu à gérer ton parcours universitaire et ta pratique sportive alternative de haut niveau ?

J’ai toujours privilégié mes études, même si j’espère pouvoir rouler plus dans quelques mois/années. Malheureusement, l’Alsace manque de structures indoor (en hiver on ne peut pas pratiquer à cause de la météo), et pour aller en montagne, il faut du temps et une voiture, donc je n’évolue pas dans des conditions optimales pour progresser à un rythme soutenu. Dans le VTT freestyle, il y a très peu de professionnels qui vivent uniquement de ça.

« Il faut savoir trouver la motivation, et gérer les blessures. Je gère mon temps pour aménager des après-midi pour rouler, et j’anticipe au maximum avec les études »

2)   Quel est ton projet professionnel (stage/job) ?

J’aimerais faire un stage dans l’événementiel du VTT, le Roc d’Azur par exemple, organisé par ASO. Ou sinon, dans une station en montagne, qui propose des activités VTT l’été.

3)   Des projets pour cette année 2013, avec tes sponsors ?

En Allemagne, il va y avoir un gros festival de VTT « gravity » (toutes les pratiques ou presque, sauf le cross-country) à Winterberg en mai, où Last aura un stand. Eventuellement un voyage en Suède à Are, mais qui reste encore à confirmer en fonction des budgets. Sinon je prévois d’aller à Montpellier pour faire du dirt et du freeride, et peut-être les US en octobre pour un événement féminin en marge de la Red Bull Rampage : « Shine Sendher Women Rampage ».

4)   As-tu l’intention de participer à des compétitions d’envergure cette année ?

Non pas vraiment, peut-être une compétition d’enduro du nouveau circuit international, le « Blue Grass Enduro Tour ».

5)   Quel est ton rêve ?

Je rêve de rouler à Whistler, la station de référence en Colombie Britannique (Canada). D’y rencontrer plein de nanas qui envoient du lourd et de participer à la Crankworx. Je rêve de voyager dans le monde et de découvrir de nouveaux paysages avec mon/mes vélo(s).

6)   Ton mot pour la fin ?

Allez go, ça passe ! T’as pas une clé Allen ?! Rires…

Léa au Lac Blanc

Léa au Lac Blanc – 2012

Merci Léa pour le temps que tu nous as consacré, on aura bien rigolé 😉 Pour ce qui est de notre avis d’Impatients : la jeune fille en question est une perle rare, elle représente très bien l’univers du VTT freestyle/freeride et on risque d’entendre parler d’elle très bientôt…

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